Où est l'argent pour les droits des femmes et le VIH?
Déclaration de la YWCA Mondiale, la Campagne Mondiale contre le SIDA, et la Campagne Women Won't Wait à l’occasion de la Journée Mondiale contre le SIDA 2010
Bien qu'il existe des signes encourageants en ce qui concerne les progrès réalisés dans la riposte au VIH, il y a, à travers le monde, près de 16 millions de femmes vivant avec le VIH. En Afrique sub-saharienne, région comptant 22,4 millions de personnes séropositives, trois adultes sur cinq et les trois-quarts des jeunes gens vivant avec le virus sont des femmes. Dans toutes les régions du monde, le taux d'incidence du VIH chez les femmes est en augmentation. La pandémie a changé le tissu des communautés à travers le monde et a créé un fardeau particulier dans la vie de nombreuses personnes, en particulier des femmes et des filles. Dans de nombreux contextes où le système de santé est déjà surchargé, les femmes ont pris le relais et comblé le vide et le financement des droits des femmes en a été la clé du succès.
Pourtant, le SIDA continue d'être la principale cause de mortalité et de maladie pour les femmes en âge de procréer. Cette situation est aggravée par les inégalités dont doivent faire face les femmes. Dans le monde, les femmes représentent 70% des pauvres vivant avec moins d'un dollar par jour. Une femme sur trois a été violée, battue, forcée à l'acte sexuel ou abusée au moins une fois dans sa vie. Il est largement reconnu que la violence est à la fois une cause et une conséquence de la transmission du VIH. Aujourd'hui, les femmes séropositives continuent de subir des violations flagrantes de leurs droits an matière de santé sexuelle et reproductive. En fait, les droits humains ont souvent été perçus par les gouvernements comme une contrainte, et de ce fait adressés davantage sous l’angle des violations que du respect et de la responsabilité, surtout par rapport à ceux qui sont rendus vulnérables par l’absence de droits humains.
En 2006, les gouvernements ont promis de fournir d’ici à décembre 2010 l'accès universel à la prévention du VIH, au traitement, aux soins et au soutien à toutes celles et ceux dans le besoin. Malheureusement, la plupart des gouvernements n'ont pas respecté cet engagement. La YWCA Mondiale, la Campagne Mondiale contre le SIDA et la Campagne Women Won't Wait appellent les gouvernements à faire preuve d’un leadership fort et responsable et la mise en place de solutions concrètes et durables dans la riposte au VIH et qui inclut et protège les droits humains de toutes les femmes, en particulier les jeunes et les femmes vivant avec le VIH. Les droits des femmes doivent être soutenus et implicites dans une riposte efficace au VIH.
Des recherches conduites pour la production du film «Où est passé l'argent? Les droits des femmes et le VIH » élaboré par la YWCA Mondiale, la Campagne Mondiale contre le SIDA et la Campagne Women Won't Wait, il ressort clairement que l'argent existe. La crise financière et la récession économique qui affectent une grande partie du globe a eu peu d'effet sur les niveaux de dépenses militaires, lesquelles s’élèvent, en 2009, à un montant de 15000 milliards de dollars[1]. Un autre exemple est le sauvetage des banques mondiales : les derniers chiffres se montent à 8500 milliards de dollars[2]. Ces dépenses montrent la disparité et l'absence d'engagement à soutenir les communautés dans le besoin d'un accès universel. Où est l'argent pour la santé des femmes, l'éducation, le traitement, l'accès aux services, l'égalité - Où est l'argent pour les droits des femmes et le VIH et SIDA?
Si des solutions globales et complètes doivent être soutenues, le financement doit considérablement augmenter et devrait aller au-delà d’un financement traditionnel des programmes VIH. Il devrait inclure des programmes et des actions qui soutiennent l’autonomisation des femmes et des jeunes femmes, soit une solution stratégique pour réduire l'impact du VIH et du SIDA.
La YWCA Mondiale, la Campagne Mondiale contre le SIDA et la Campagne Women Won't Wait, à l’aube de la date limite fixée pour l'accès universel, appellent les gouvernements à :
1. Respecter leur engagement à assurer un accès universel à la prévention, au traitement, aux soins et au soutien pour toutes les personnes, en veillant à ce que les budgets nationaux traitent des droits des femmes et du VIH par:
a) L’autonomisation des femmes et des jeunes femmes - en particulier celles qui vivent avec le VIH - comme une partie intégrante et indivisible de toute riposte au VIH
b) L’établissement de programmes pour prévenir les actes de violence contre les femmes et les filles, réparer les torts faits contre elles et augmenter les investissements et l'accès aux services de santé sexuelle et reproductive, dans une approche fondée sur les droits.
2. Promouvoir l'égalité et les droits humains des femmes et des filles, y compris les lois et services qui protègent et permettent aux femmes de les revendiquer.
3. Mettre en œuvre des stratégies, qui conduisent à une représentation équitable et à une participation significative des femmes dans les structures politiques, au niveau de l’exécutif, du législatif et du judiciaire à travers le monde y compris les décisions d'autres organes qui traitent des stratégies et programmes liés au VIH.
4. Assurer la sécurité physique, sexuelle et psychologique ainsi que la sécurité des femmes et des filles.
Hillary Clinton déclarait à Beijing, en 1995 : « les droits humains sont les droits des femmes - et les droits des femmes sont des droits humains. N'oublions pas que, parmi ces droits, figurent celui de s'exprimer librement - et celui d'être entendu. Les femmes doivent jouir du droit de participer pleinement à la vie sociale et politique de leur pays si nous voulons nous diriger et prospérer durablement vers la liberté et la démocratie. » Nous exigeons que les gouvernements tiennent leurs promesses et éliminent les obstacles qui empêchent les femmes et les filles d'accéder aux services liés au VIH qui assurent leur santé et leur bien-être.
« Où est l'argent pour le VIH et le SIDA ? » est un consortium d'organisations régionales et internationales de sensibilisation réagissant au financement insuffisant, à la corruption et au gaspillage d'argent et de ressources dans la riposte au VIH. Inspiré de la campagne créée par l’Alliance sur le SIDA et les droits en Afrique australe (ARASA), « Où est l'argent pour le VIH et le SIDA » est coordonnée par l'ONG brésilienne Gestos et Art and Global Health Center de l'Université de Californie, Los Angeles. Le projet a été développé en partenariat avec Asia Pacific Council of AIDS Service Organisations (APCASO), Caribbean Broadcast Media Partnership on HIV (PMDC), Latin America and the Caribbean Council of AIDS Service Organisations (LACCASO), Networking HIV/AIDS Community of South Africa (NACOSA), la YWCA Mondiale, et la Campagne Mondiale contre le SIDA. Le projet est soutenu par Ford Foundation.
[1] Stockholm International Peace Research Institute Yearbook 2010
[2] http://keepamericafree.com/?p=35
Lien:
- Visionnez la vidéo «Où est passé l'argent? Les droits des femmes et le VIH »


